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  • Valerie Petit

TRIBUNE Le revenu universel, cette utopie du monde d’avant, est devenu une solution du monde d’après

Tribune parue dans Libération le 27 mai 2021


Valérie Petit, députée Modem du Nord.

Pour moi le revenu universel est un triple combat républicain : c’est d’abord un combat de liberté, pour émanciper chaque français de la pauvreté et lui permettre d’entreprendre sa vie ; c’est ensuite un combat d’égalité : pour offrir à chacun des 18 ans un droit à une vie digne sans distinction d’âge (je pense au moins de 25 ans) ou de statut économique (je pense aux indépendants) ; c’est enfin un combat de fraternité : pour créer un nouveau mécanisme de solidarité universel, dans l’esprit de 1945 et de la création de la sécurité sociale.

En novembre dernier, j’ai présenté pour la première fois à l’Assemblée nationale une proposition de résolution visant à lancer un débat public sur le revenu universel. Cette proposition a été votée à l’unanimité et au-delà de la majorité. C’est un vote historique qui signifie que le revenu universel est désormais un enjeu politique susceptible d’une union nationale. Pour l’instant, l’exécutif traine sur la mise en place du débat. Mais s’il traine trop, je suis prête à rassembler toutes des familles politiques, notamment libérales et socialistes, pour initier un Référendum d’Initiative Partagé. La crise du COVID est en train de se muer en crise sociale, nous ne pouvons plus attendre, et devons faire de celle-ci l’occasion de renforcer tout en le réformant notre modèle social et républicain. Aujourd’hui, Je suis convaincue, comme une majorité de Français, que le revenu universel, cette utopie du monde d’avant (elle date du révolutionnaire Thomas Payne en 1795) est devenue une solution du monde d’après.

C’est pourquoi, il y a un an tout juste, avec le philosophe Gaspard Koenig et l’économiste Marc de Basquiat, nous avons relancé le débat. Je me suis appuyée sur les travaux du Think Tank Génération Libre pour proposer une version inédite et budgétairement soutenable du revenu universel, que j’ai nommé « socle citoyen ». La proposition que je porte avec de nombreux parlementaires, converge avec la proposition de Benoit Hamon sur un point, le but du revenu universel : il s’agit d’assurer à chacun, de façon inconditionnelle, des 18 ans, un filet de sécurité matérielle. En revanche, elle s’en distingue sur deux points importants : le mode de financement et par la réforme de simplification socio-fiscale qui la sous-tend.

La réforme que je propose est en trois temps. Premièrement, la mise en place de l’impôt sur le revenu universel. Cela signifie, que des 18 ans et le premier euro gagné vous payez l’impôt. C’est le premier étage de la solidarité nationale. Deuxièmement, le versement automatique, via la feuille d’impôt, d’un revenu universel (d’un montant proche de celui du RSA) et sous la forme d’un crédit d’impôt. Il est donc imposable et déduit de votre montant d’impôt. C’est le deuxième étage de la solidarité, en cas de baisse dramatique de vos revenus, vous avez ainsi automatiquement un filet de sécurité garanti. Troisièmement, la mise en place d’un service public universel de l’activité afin que chacun des 18 ans, soit accompagné vers l’activité, de façon personnalisée. C’est pour cela que je parle de socle « citoyen » : il s’agit de permettre à chacun par l’émancipation de la pauvreté et par l’activité, de trouver sa juste place dans la société et de contribuer à la cohésion et la richesse de celle-ci.

Cette réforme, implique un choc de simplification historique d’un système de prestations sociales (fusionnées et automatisées au sein du revenu universel) : à force de complexité, notre système est devenu à la fois trop couteux et injuste. Il est temps d’engager cette grande réforme dans une France qui n’a jamais été si soucieuse de justice sociale et de simplification du quotidien.

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