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Bienvenue sur mon blog,
J'y partage mes tribunes, discours, interventions et quelques récits de vie personnels où il est souvent question de Liberté et de pouvoir ! 

  • Photo du rédacteur: Valerie Petit
    Valerie Petit
  • 22 févr. 2024
  • 7 min de lecture

Tribune parue dans Contrepoint, le 19/09/2023




Le Rassemblement national s’apprête à proposer une Déclaration des droits des nations et des peuples. Cette nouvelle, annoncée ce 16 septembre par l’éternelle candidate du parti d’extrême droite français, n’a pourtant suscité aucune réaction de la part des partis dits républicains : de la droite à la gauche en passant par la majorité, c’est le silence radio.

La critique de ce projet politique antilibéral, d’une simplicité populiste confondante (revenir sur la notion de droits naturels, restreindre les libertés individuelles et économiques pour in fine instaurer un État autoritaire, protectionniste et xénophobe à la main d’une nouvelle élite populiste) semble pourtant à la portée de n’importe quel politique nanti d’un exemplaire de L’État de droit pour les nuls ou Des aventures de Tchoupi au pays de la démocratie.

 

Concurrencer la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen


L’intention est en effet limpide : il s’agit de concurrencer (avant de la remplacer) la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC) et d’en finir avec le cadre constitutionnel et le projet politique qui sont les nôtres depuis la Révolution de 1789 ; un cadre fondé sur l’État de droit (et non le droit de l’État) qui garantit, dans et par la loi, des libertés et des droits égaux à chaque citoyen face à toute forme d’absolutisme, d’autoritarisme, et bien sûr d’injustice.

En effet, cette nouvelle déclaration qui prétend faire primer les intérêts des peuples et des nations (définis on l’imagine par l’État français et son gouvernement RN) sur ceux des « organismes supranationaux » ne vient pas uniquement menacer les libertés économiques (de commerce, de circulation, d’entreprendre) : en réaffirmant le pouvoir des États, le Rassemblement national poursuit en réalité son œuvre illibérale habituelle de relégation des droits et libertés individuelles.


Cette attaque frontale du Rassemblement national à l’endroit des libertés, et plus largement de l’État de droit n’est pas nouvelle.

Rappelons rapidement deux aspects traditionnels du projet de ce grand remplacement idéologique :


Inscription dans la Constitution du principe de priorité nationale 

Avec cette mesure, la loi et la justice ne seraient plus les mêmes pour tous en France, et les droits et libertés seraient modulables selon que vous êtes Français ou étranger (étranger n’étant pas défini…). En d’autres termes, de la discrimination et de la ségrégation (à l’emploi, en matière de peine de prison, de droits sociaux notamment). Il s’agit ici de violer le premier principe de l’État de droit, celui d’égalité des citoyens devant la loi, résumé par l’article 1 de notre DDHC : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».


Fin de la supériorité automatique du droit international et européen sur la loi française 

Il s’agit de faire sortir la France (Frexit) des traités européens et internationaux, notamment ceux qui exigent de nous le respect des droits de l’Homme et des libertés économiques. Le non-respect de ces traités, outre qu’ils décrédibiliseront la France sur le plan international, entraînera la condamnation et l’exclusion du pays de ceux-ci, avec les pertes de ressources économiques et d’assistance mutuelle en cas d’agression militaire qu’ils impliquent, nous obligeant à envisager d’autres alliances avec des pays de traditions, disons… moins libérales.

 

Rupture avec l’État de droit

Ces deux exemples montrent à eux seuls la rupture que prévoit le Rassemblement national avec les principes de l’État de droit, que ce soit sur le plan intérieur comme sur le plan international. Un destin à la hongroise en somme, ce pays qui tend à criminaliser l’homosexualité et l’avortement, a réduit la liberté de la presse et encadré le pouvoir judiciaire.


Ce qu’annonce Marine Le Pen avec sa Déclaration des droits des nations et des peuples n’apporte donc rien de nouveau sur le fond, à savoir un projet étatiste, nationaliste et liberticide.


L’innovation aujourd’hui porte plutôt sur la forme avec la proposition d’un texte concurrent de la Déclaration des Droits de l’Homme et qui fleure bon le futur texte sacré de l’idéologie réactionnaire (au sens d’un retour sur les acquis de la Révolution française) et autoritaire qui est celle du Rassemblement national depuis sa création. Une idéologie qui vise à effacer l’idée révolutionnaire et libérale des droits naturels et de la liberté individuelle comme fondements de nos démocraties libérales.


Le génie (si l’on peut l’appeler ainsi) du Rassemblement national est de nous vendre sa contre-déclaration (et sa contre-révolution) en mobilisant la rhétorique des tyrans si bien décrite par Orwell dans son roman 1984. Une méthode visant à semer la confusion dans le camp de la liberté en en retournant les valeurs telles des peaux de lapins : « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ».

Ce samedi, Marine Le Pen nous a livré du 1984 dans le texte lorsqu’elle appelle à la mise en place d’une « Déclaration des droits des nations et des peuples » (pour la) création de nouvelles protections pour les libertés humaines et la pluralité des cultures nationales », alors qu’il s’agit précisément de restreindre les droits et libertés, tout en imposant le projet d’une société du protectionnisme et du repli, aux relents xénophobes éloigné de tout souci de « pluralité ».


L’autre aspect du « génie populiste » est de s’appuyer sur nos faiblesses, en l’occurrence celle de la loi.


Ici, il nous faut faire un bref détour par l’histoire du libéralisme politique et en son cœur, le dialogue entre le domaine des droits et le domaine de la loi.

Historiquement, le premier libéralisme a misé sur la loi : dans cette perspective, comme le note Montesquieu, un droit individuel ne peut naître qu’à l’abri des bonnes lois car « Là où il n’est pas de loi, il n’est pas de liberté », pour reprendre les mots de Locke ; à la condition, pourrait-on ajouter de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs, garantie des excès et abus de pouvoir de la part de l’État et des hommes qui gouvernent.


De fait, dans notre imaginaire collectif, la loi est la gardienne de nos libertés. Dès lors, pensons-nous, habitués que nous sommes à la démocratie libérale, ce qui passe par la loi ne peut être dangereux pour nos libertés ou nos droits. Cette association n’est pourtant ni une évidence ni une garantie. Récemment, les multiples lois d’urgence et de sécurité ont malmené comme jamais nos libertés (comme en témoigne la jurisprudence du Conseil d’État) et la loi elle-même ne semble pas toujours à même de garantir les droits comme le montre la nouvelle manie de la droite et de l’extrême droite qui proposent des modifications de la Constitution et du domaine de la loi comme on se verse une tasse de café le matin.

 

L’appétit des populistes dans les pas du Rassemblement national


Aujourd’hui, la faiblesse de la loi républicaine aiguise l’appétit des populistes.

Utilisant l’association traditionnellement positive et protectrice entre la loi et les droits et libertés, les populistes savent tordre la première et s’en saisir pour légitimer leurs attaques systématiques à l’endroit des libertés et au bénéfice d’un État autoritaire, qui seul distribuera des libertés (re)devenues des privilèges. À l’Etat de droit et aux droits des citoyens, succèdent ainsi les seuls droits et prérogatives de l’État, légitimés par des motifs nationalistes (au nom de la nation) ou populiste (au nom du peuple).


Face à ce constat alarmant, il est encore temps pour ceux qui se disent libéraux ou partisans de la liberté, d’entendre les cris sourds du pays qu’on enchaîne pour paraphraser le célèbre Chant des partisans. Il est encore temps de se demander pourquoi nos partis politiques supposément républicains nous livrent ainsi pieds et poings liés à cet ennemi de l’intérieur.

Car c’est bien l’image que donnent aujourd’hui les partis politiques aux citoyens, eux qui ont pris leurs responsabilités en votant pour Emmanuel Macron en 2022, et attendaient sans doute que leurs partis d’origine les imitent en faisant montre d’un peu plus de courage politique et d’un peu moins de paresse idéologique dans la lutte contre l’extrême droite.

En lieu et place, nous assistons à un travail d’équipe et un concours de la balle dans le pied et du déroulement de tapis rouge.


À droite, les Républicains ont opté pour la stratégie du reniement de notre héritage révolutionnaire. Pas un élu LR, même du côté des quelques libéraux qui y survivent encore, qui nous épargne son couplet sur la CEDH qu’il faut contourner tandis que la ligne Wauquier-Ciotti, au nom de l’ordre et de l’État, réaffirme régulièrement son reniement de l’esprit de 1789 et son alignement sur les positions du Rassemblement national en matière d’immigration.


À gauche, LFI, EELV et une fraction du Parti socialiste ont fait le choix du dévoiement. Pervertissant le combat historique pour les droits, le wokisme dans ses excès assigne les individus à leurs différences, hiérarchise les luttes et les droits, et restreint toujours plus les libertés individuelles, tandis que certains leaders de la gauche affichent une bienveillance douteuse à l’endroit de régimes illibéraux. Au nom de l’anticapitalisme et de l’antilibéralisme, ceux-là ne font guère mieux que leurs opposants de droite : préférant comme eux les identités aux individus et exigeant du droit qu’il se conforme à leur morale supposée supérieure.


Au centre enfin, c’est l’effacement qui prévaut, celui de la culture de l’État de droit. Paternalisme d’État et excès de pouvoir sont désormais la règle, la culture du passage en force au Parlement et la normalisation des restrictions de libertés (vie privée, manifestation, association) aussi. Et toujours cette idée folle et mortifère selon laquelle nous ferions reculer le Rassemblement national en reprenant ses idées. Comme si l’enjeu n’était que de faire perdre une candidate, alors qu’il s’agit de faire échouer son projet, pas d’y collaborer.

On reproche souvent aux Français leur apathie démocratique, mais n’est-elle pas le miroir de celle de nos leaders politiques ?


Ceux-là mêmes qui ne prennent plus la peine de convaincre les Français que la liberté et les droits sont plus que jamais le moteur de l’émancipation individuelle, de la prospérité économique et du progrès social. Incapables de la moindre pédagogie de l’État de droit, dépourvus d’imagination lorsqu’il s’agit de livrer un récit républicain, voilà que surgit devant leurs yeux le défi ultime : le mot qu’il conviendrait de mobiliser pour décrire l’alternative au projet populiste du Rassemblement national est lui-même désormais banni de leur vocabulaire.


Ce mot, maudit, perdu, dont plus personne ne semble plus vouloir en partage, c’est celui de liberté. Alors, tandis que passe le vol noir des corbeaux, nous restons muets, incapables de répondre, de raconter une histoire, de redonner de l’espoir.

Les résistants nous manquent plus que jamais, les poètes aussi pour imaginer qu’enfin, « par le pouvoir d’un mot, nous pourrons recommencer notre vie, parce que nous sommes nés pour la connaître, pour la nommer, Liberté ».


 
 
 

Dernière mise à jour : 22 juin 2025



" J'ai défendu quarante ans le même principe, liberté en tout, en religion, en philosophie, en littérature, en industrie, en politique : et par liberté, j'entends le triomphe de l'individualité, tant sur l'autorité qui voudrait gouverner par le despotisme, que sur les masses qui réclament le droit d'asservir la minorité à la majorité » 



Benjamin Constant, Mélanges de littérature et de politique, préface, 1829



Faut-il porter un pull sur les épaules pour être libéral ?


C’est la question que je me pose ce jour d’automne 1995, dans la grande salle de l’Université catholique de Lille où j’assiste à ma première réunion politique, celle d’Alain Madelin. Le héraut libéral Français y est venu présenter son dernier livre, « Quand les autruches relèveront la tête », quelques mois après son « départ » du gouvernement Juppé et une parenthèse libérale de 101 jours à la tête du Ministère de l’économie et des finances.


J’ai 19 ans, je viens d’être reçue à Science-po Lille, j’ai quitté Paris, blessée par des attentats meurtriers et je m’installe dans la cité de la Déesse. Je tombe amoureuse du Nord, définitivement.


Quelques mois plus tôt, j’ai voté pour la première fois, avec enthousiasme, pour Jacques Chirac. Ma première élection présidentielle, mon premier bulletin glissé dans l’urne : tel un amour de jeunesse, il ne s’oublie pas, aucun après lui ne me procurera autant d’émotions, à la fois simples et fortes. A l’époque, je suis chiraquienne. Je le suis pour des raisons familiales, je viens d’une famille gaulliste et de droite qui ne s’est jamais remise de l’élection de Mitterrand. Et je le suis aussi pour des raisons sentimentales, c’est en regardant à la télé les débats des législatives de 1986, que je découvre Chirac et avec lui ma passion pour la politique et le débat d’idées qui me fait demander à ma mère : « maman, il faut faire quoi pour faire comme les Messieurs à la télé » ?


Chez Chirac, j’aime ce qui pour moi est la plus précieuse des qualités d’un Président des Français, la capacité presque animale à tisser un lien sentimental avec eux. Et puis, j’aime la bière, le mot couilles, palabrer au bistrot avec les gens, la fracture sociale et bien sûr, les perdants magnifiques. 


A science-po, je découvre l’effervescence militante des étudiants. Je l’observe de loin, car si la politique me passionne, je n’ai jamais été militante, j’ai trop le gout de la contradiction et de la libre expression.


Cet été-là, un autre s’est aussi montré un peu trop libre dans son expression, c’est le nouveau ministre de l’Économie et des Finances, Alain Madelin. « L’ultra-libéral, l’iconoclaste, dont la provocation constitue une constante du parcours politique » s’est fait mettre à la porte du gouvernement, la faute aux retraites, déjà.


En 1995, Alain Madelin est l’un des premiers à soutenir Chirac, apportant sa caution libérale à un candidat qui ne l’est pas tant que cela, mais qui semble prêt à bousculer le système. Bousculer, provoquer, libérer les énergies, Alain Madelin n’aime rien tant que cela. Et c’est précisément cela, bien plus que les idées qu’il défend ce jour-là devant les jeunes bien peignés de « la catho », qui font de lui, à mes yeux, un libéral. C’est en l’écoutant, assise au fond de la salle, que je trouve ma famille politique : celle des électrons libres, des iconoclastes et des indépendants, celle des agents de changement, des ingérables, des résistants et de tous ceux qui continuent de vouloir la révolution « des libertés individuelles », celle des Lumières, de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, celle du 4 août, celle de l’abolition de l’esclavage, celle de la 1ère de nos République. 



Je ne porte pas mon pull sur les épaules, je suis rarement bien peignée et je suis une fille. Je suis aussi une ancienne « prolote », qui pense qu’avant de disserter sur la liberté en économie dans les amphithéâtres, il faut d’abord s’atteler à la conquérir dans la « vraie » vie, au pieds des tours et au fond du porte-monnaie. Sur le papier, je n’ai pas le profil du « libéral type ». Et pourtant, malgré le gouffre sociologique que je perçois entre mon parcours et celui de l’assemblée présente, à cet instant, je me sens profondément, philosophiquement et intimement libérale. Ce jour de 1995, je trouve donc ma famille politique en même temps que j’en comprends tout le tragique : le libéralisme avant d’être une philosophie politique, économique ou juridique est d’abord une ontologie, une manière d’être, de penser et d’agir.


Et celle-ci, clairement ne semble pas prédisposer ses hérauts à l’exercice durable du pouvoir. Ce qui, il faut bien l’avouer, pose un problème lorsque que l’on veut comme Alain Madelin et d’autres, avant et après lui, passer « des idées aux actions ». Mais voilà, être libéral, c’est aussi avoir le goût de la contradiction, alors je m’engage sur la voie, assume mon destin d’électron libre et d’« ingérable » et construit ma déclinaison singulière du libéralisme, histoire de sublimer cette pulsion de liberté qui m’anime depuis toujours. Il se passera plus de 20 ans, avant que je ne me décide à défendre les idées libérales dans l’arène politique, avant cela, la vie me fera le cadeau d’exercer pendant 15 années le plus beaux des métiers pour les esprits libres : celui de scientifique et d’enseignante. Mais le combat reste le même, permettre à chacun, à chaque individu, d’exercer sa liberté, avec toute l’autonomie qu’elle exige et la responsabilité qu’elle- implique. 



25 années se passent.

Ce soir de juin 2021, c’est la « grande soirée des libéraux » à deux pas de la place de Clichy. A l’initiative de l’association des étudiants libéraux, Students for Liberty, sont réunis toutes les figures de la petite famille libérale Française, ou du moins ce qu’il en reste au temps des libertés confinées par la pandémie.


En découvrant l’assemblée présente, composée d’une majorité de jeunes hommes bien mis, je souris et je repense à cette réunion publique de 1995. Rien n’a changé, le libéralisme est toujours un gros mot en France, les libéraux Français sont toujours en (des)ordre dispersé et les jeunes hommes bien peignés, mais cette fois-ci, je ne suis pas dans le public, mais parmi les trois femmes invitées à prendre la parole pour partager leur « vision du libéralisme », juste après la philosophe Monique Canto-Sperber et la chef d’entreprise Virginie Calmels. Je suis la seule élue de la soirée.


Peu de politiques se revendiquent libéraux en 2021, quant à moi mon coming-out est définitivement achevé : quelques semaines plus tôt Le Point a brossé un portrait de ma pomme en « vigie libérale de Macron » me décrivant comme un « électron libre », « iconoclaste », « voix discordante ». Il semble bien qu’en 25 ans je n’ai pas trahi l’esprit de ma famille ! 


Ce soir-là, je commence comme à mon habitude par un trait d’ironie, moquant cette réunion non mixte, et invitant l’assemblée à ne plus s’effrayer d’associer les mots femme et liberté ! Ce que je partage, notamment avec les jeunes présents, est précisément ce que j’ai compris 25 ans plus tôt : être libéral, ce n’est pas (que) porter un pull sur les épaules, placer une citation obscure de Frédéric Bastiat dans une phrase, vouer un culte secret à Margareth Thatcher, disserter de l’efficience du marché dans un colloque à Dauphine ou encore écrire une tribune dans Le Figaro sur le déficit des comptes publics. Et parce que l’on ne m’a donné que 5 minutes pour convaincre cette masculine assemblée, tout juste remise de ma blague féministe, je fais court.


On reconnait, selon moi, le libéral à deux obsessions majeures et complémentaires: la première est un attachement viscéral à l’individu et une confiance placée dans sa conscience, sa liberté et sa responsabilité ; la seconde est une vigilance instinctive face à l’excès voire l’abus de pouvoir, notamment celui de l’Etat, qui viendrait à menacer les libertés individuelles. 


Mais on reconnait aussi le libéral à sa tournure d’esprit et son attitude face à la vie dis-je : avant que d’être libéral sur le plan philosophique, politique ou économique, il est d’abord un homme ou une femme libre, désireux de sa propre liberté et soucieux de celle des autres. Car peu nous importe finalement ce soir-là de définir ce qu’est le libéralisme. C’est là un enjeu d’académiques, et je ne le suis plus désormais après 15 ans de bons et loyaux services rendus à la science. L’important c’est de comprendre ce que signifie concrètement, au quotidien, être libéral et surtout, surtout, d’agir pour les libertés dans une société qui perd le gout de la démocratie.


Être libéral aujourd’hui, conclue-je, avec une touche d’exotisme intellectuel, est moins une position ou une conviction politique, qu’une manière de penser et d’agir singulière, c’est un art martial, un tao : une voie.



 
 
 
  • Photo du rédacteur: Valerie Petit
    Valerie Petit
  • 15 nov. 2022
  • 3 min de lecture

Tribune collective


En 2019, le journaliste turc Ahmed Atlan a fait paraitre en français un ouvrage qui raconte sa détention arbitraire, pour s’être opposé au pouvoir d’Istanbul. A sa façon, il fait écho à une littérature malheureusement abondante, du récit autobiographique de Mandela aux romans de Kafka. Les exemples abondent dans l’histoire et sous différentes géographies, de ce que serait un régime où l’« état de droit » ne serait plus garanti, comme le réclament de plus en plus de voix dans le débat public français, prétendant redonner au peuple une souveraineté fantasmée en écartant d’un revers de la main des décennies de construction juridique.


L’Etat de droit n’est pas qu’une lubie de théoriciens déconnectés, qui ignoreraient les difficultés du quotidien : c’est un principe fondamental, peut-être même le plus essentiel de nos démocraties libérales. Ceux qui nourrissent la dangereuse revendication de l'outrepasser – et avec lui la protection des individus, légitimant le projet populiste d'une justice circonstancielle, rompent avec le cadre de la raison et de l'universalisme hérité des Lumières. Sa remise en question nous met collectivement en danger.


Sans Etat de droit, l’arbitraire règnera. Son affaiblissement signifierait une dégradation de la garantie des libertés individuelles et publiques. Sans lui, quiconque s'éloigne du groupe social dominant s’expose à l’exclusion. Les minorités, raciales, religieuses ou sexuelles, en seront les premières victimes. Sans lui, l’indépendance de la police et de la justice faibliront, donnant au politique le pouvoir de décider de l’issue des mises en cause, retirant aux citoyens les garanties d’un procès équitable, voire la possibilité de se défendre.


Sans Etat de droit, l’ordre moral dominera, qu’il soit de gauche ou droite. Sans lui, la liberté d’expression s’amoindrira, soumise à la censure du moment : la prééminence du politique sur le droit se fait toujours aux dépens de ceux qui, par leur existence même, questionnent le pouvoir. On ne peut s'émouvoir du sort des Ouïghours en Chine ou des femmes en Iran et légitimer en même temps une justice parallèle ici.


Sans Etat de droit, l’autoritarisme triomphera. Sans lui, il n’est pas de démocratie. D’abord, parce que le contrôle du gouvernement par le Parlement s’affaiblissant, au nom de l’efficacité souveraine, les représentants du peuple seront en réalité dépossédés.

Sans Etat de droit, la loi de la jungle prévaudra. Sans lui, les droits sociaux défendus par la Constitution et son préambule seront soumis au bon vouloir du gouvernement en place : les droits se transformeront en faveurs accordées ou retirées au gré des amitiés et allégeances.


Sans Etat de droit, la récession arrivera. Sans lui, le cadre économique sera toujours plus instable et incertain : l'investissement et l'innovation ne peuvent pleinement s'épanouir, l’absence de sécurité juridique restreignant le champ des possibles et l'espace des choix. Hernando de Soto a d’ailleurs montré combien l’absence de protection de la propriété, interdisant aux individus de se projeter, d’emprunter, de se protéger, avait un déclencheur du Printemps arabe. C'est l'économie, la technologie et la science qui se trouveraient mises en suspens.


Sans Etat de droit, l’insécurité se déploiera. Sans lui, l’ordre reculera : l’absence de règles établies favorise les chasses aux sorcières et les conflits. Si chacun considère légitime de se faire justice, la violence sera désormais la norme.

Ne nous trompons pas : remettre en cause l’Etat de droit, c’est menacer notre démocratie, notre liberté, notre égalité, notre fraternité. C’est fragiliser la République, la force de la loi, l’égalité de tous les citoyens devant elle d’où qu’ils viennent et quels qu’ils soient. C’est mettre en péril la paix civile.


Guillaume Bazot, économiste, maître de conférences

Sacha Benhamou, consultant

Karine Charbonnier, entrepreneure

Kevin Brookes, PhD, enseignant-chercheur en science politique

Virginie Calmels, présidente fondatrice FUTURAe

Mehdi El Mir, étudiant et chargé de relations publiques

Alexis Karklins-Marchay, entrepreneur et essayiste

Samuel Fitoussi, entrepreneur et essayiste

Philippe Juvin, député

Erwan Le Noan, consultant et essayiste

Valerie Petit, PhD, chercheuse et entrepreneuse, ancienne députée

Aurelien Veron, conseiller de Paris et métropolitain

Maxime Sbaihi, économiste et essayiste

Philippe Silberzahn, professeur de stratégie

Rubin Sfadj, avocat




 
 
 
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